| " POESIES " Editions Saint-Germain des Prés (Paris) | |
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LE PONT
SEMSONIEVSKY Prix Marcel Thiry Mille étincelles dans le quartier Viborg Une révolution gronde dans les assiettes Les pavés pleuvent comme des soleils Sur des paupières fermées. Des bouteilles de pétrole Incendient le courage des héros. Varsovie, ta ville blessée Patriotisme guillotiné Pour un bouquet de roses, De roses rouges, Pour une idée qu'un ange a fait fleurir Dans un jardin de liberté. Le pont Semsonievsky fume Ses ailes brûlent Comme celles d'un oiseau de crépuscule. Bousculade sur les pelouses Le regret est notre pardon divin Le doute est l'espoir des désespérés. Gerbes de fleurs Pluie de plomb Trop d'hommes jalousent Les étincelles du plasma sacré. Le monde est trop petit L'espace trop vaste Ces étoiles:des sphères indigènes Les trompettes sonnent la défaite De l'amour humain Le surhomme meurt Au pied d'une croix La beauté est un visage Immergé dans l'écume des foules. Chaque fois qu'un boulet tombe Nous craignons l'ombre Mais la gerbe d'étoiles Nous illumine un bref instant Sur le cristal de nos yeux Glisse une larme, L'image trouble de l'Onyx Comble l'espace Entre les morts et les vivants. Des tourbillons nous ramènent alors A nos premiers pas d'enfant Sur un écran déjà trop grand, Cette enfance vit dans notre esprit Comme un vieux rêve Mais le passé des hommes Ne peut-il être le vrai rêve? L'humanité est l'école du chaos Ma tendresse un petit falot La dignité est une lueur confuse Qui tourmente les poètes. Regardons les coccinelles Aux taches indéclinables Nous sommes les pionniers D'un monde absurde. |
MESSAGE Conte les vagues qui portent mes mots Les grains de sable isocèles, triangles du créateur La mésalliance des nuages et du ciel Les fruits du merisier que la terre n'a pu encore apprivoiser Mourrant je l'appelle Ma voix de crécelle s'éteint Mes yeux s'éteignent Et deviennent des sous-bois Emplis de songes Des ballons montent Comme des prières multicolores Que l'arc-en-ciel accueille telle une aurore Des pinceaux vagabonds Peignent l'univers Et ma sphère, pot de couleur Eclate au pinacle Une musique étrange frisonne Dans l'atome Des psalmistes devenus fous Racontent l'enfer aux pieds de Dieu. Conte les branches qui portent mes fruits Les siècles obscurs de mensonges Les rosiers de l'absurde beauté Les oiseux libres mais lourds comme des rochers Ma poésie est séquestrée Asymétrique Au futur paralysé L'image est un tartufe Mauvaise esclave de ma puissance Le poème m'échappe Les végétaux prennent vie En buvant les parfums de mon esprit Mon rêve est veillé Comme celui d'un mort Sur le point de ressusciter Mon poème est rêvé Par la foule Qui saura l'éterniser Conte les notes de silence qui s'harmonisent au clavier de ma vie Les symphonies inaudibles qui jaillissent de ma bouche Les mélomanes sourds qui prostituent ma musique Les nuits sans visages qui attendent leur première étoile. |
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ESPERANCE Es-tu celui qui apporte la paix Dans les entrailles de ma genèse Es-tu les ciseaux divins Qui coupent le fil de l'éternité? Mes sanglots sont longs Depuis que j'appartiens au genre humain Mes larmes sont inventées par l'orage De ton chagrin Mes rêves sont cosmiques Emportés par l'hébreu qui navigue Sur l'océan d'une intelligence Prodigue Où se trouve la terre promise En Judée ou dans ce corps Recouvert d'une chemise Que ton souffle fait tressaillir? Es-tu le verbe Qui anime nos langues Prophète bruyant Qui parle d'espérance? Mes doigts s'éssoufflent à te toucher A te palper, sans te saisir, sans te comprendre Mes yeux sont fatigués de vivre Entre ciel et terre Es-tu entré dans ma maison Par les reflets de ta puissance? As-tu enfin pris naissance Pour te défendre de moi? Es-tu celui qui m'apporte la paix Au travers d'un message trop lourd à porter Si difficile à envisager Et pourtant moi, je veux te le donner. |
GENERATION La haine des rues Contamine les boulevards Et les arbres centenaires Se dévorent entre eux Les maisons sont mortes Et la nuit lâche en silence Des meutes d'hiver Qui s'écrasent aux portes Le chant des sirènes Déchire le ciel bas Et va comme un train sans voie Heurter les murs Les couleurs du jour Meurent sur les doigts du pianiste Qui laisse glisser son talent Dans le gouffres des symphonies Le jour de ma naissance Fut mémorable Ma mère avait fait de son ventre Une étable Bruit de ferraille De destin qui déraille Matériel fabriqué Par les plus humiliés. |
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L'ANTI- MONDE La terre tournait à l'envers Les hommes nageaient dans la mer Où coulent les sources du ciel La cloche du village Battait à l'endroit Et le curé prêchait la tête en bas Les maisons pêle-mêle Roulaient dans l'onde universelle Et la terre tremblait au-dessus des toits Le monde vide tournoya encore Puis revint à la bonne place Un flot de lumière inonda le village désert Les hommes sans savoir pourquoi Mirent pied sur terre Et la cloche de l'église Tout à son élan A travers le temps Battit en silence. |
ELLE Au pied de vos pieds Moulés dans le cuir des convenances Chaussures voyageuses Ne portent pas sentiments Au pied de vos jambes Moulées par les brises de l'été Aquarelles d'un peintre fou Mort génie du peuple des peintres Au creux de votre ventre Moulé dans les draps du ciel, Mes mains sont des nuages Qui l'éffleurent Au pied de vos seins Coquelicots du destin Rondeurs magiques Aimées par les poètes Au seuil de votre cou Accessible fierté Où des meutes de baisers Deviennent points de beauté.
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PANTHEISME Tu es la mer Et je suis le limon Tu es ma mère Et tu me berces sur ton giron Tu es le ciel Je suis les étoiles Tu es l'infini Eclairé par mon voile Tu es étang Perdu dans les plaines Je suis poisson Perdu dans l'océan Je suis une biche Une bête des bois Tu es un être Un homme, un roi. |
MON OCEAN DE FEMME ET DE PLAISIR Je t'offre mon océan de femmes et de plaisirs Pour que tu cueilles mes mains à l'arbre blanc Pour que la nuit s'illumine de nos désirs Je t'offre mon océan de femmes et de plaisirs Pour que tu le vides de mon égoïsme Pour que tu l'emplisses de ton vin d'amour Pour que ton sourire éteigne Les lumières qui nous dévoilent Je t'offre mon océan de femme et de plaisirs Pour que nos vagues mèlent Leurs blancheurs agitées Pour que nos visages humains Epousent les cris de la mer. |
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SYLVIA Sur ton sein chaud je dormirai Les mains posées sur tes genoux Et je ferai flamber les lampes Sur la petite boule noire Qui brille dans tes yeux Sans me voir Tu regarderas le ciel et le village Quand j'approcherai ma bouche De ta bouche Où dansera la lumière du soir Près d'un ruisseau Sous un arbre qui nous couvrira Je te ferai boire l'amour Et l'amour se lira deux fois Sur l'eau claire et lisse Où chantera notre espoir Je cueillerai ton visagede mes mains Le poserai sur mon coeur triste Et dans la nuit pâle Tu inventeras Les couleurs de la terre et de la vie. |
FEMME Elle regarde la berge Avec un espoir soudain Elle ne voit pas le rêve Qui s'envole de sa main Elle est debout devant moi Les yeux brillants de gloire Elle remonte des enfers Pour offrir son corps et sa loi Elle regarde le monde Avec des yeux empreints de joie Mais elle ne voit pas Dieu qui pleure entre ses bras |
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LE
PEINTRE CLOCHARD
Je suis un
peintre clochard |
LE BLE DES NUITS
Je cherche le blé des nuits |
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ORGUEIL Mouvements
insolites du soleil |
INTERIORITE
Tu m'entraînes dans les profondeurs de ton mystère |
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L'OISEAU SANS AILES
Je suis un fleuve
qui coule dans la vie |
L'ABSOLU
Le regard absolu |
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AURORE BOREALE 1e Prix (hors U.L.B) du cercle de Philosophie et Lettres 2000-2001 Aurore boréale |
L'ENCRE
L'encre est la prison des mots |
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NAUFRAGE Je te cherche par-delà les mousses grises du ciel bas Au détour des routes harcelées Par les marées de pierres et de sable. Des fougères étincellent dans le sous-bois Nimbé de lumière sous-marine. Je te cherche par-delà le fleuve, Ce juge impitoyable qui nous sépare Dans ce ventre immense et bouillonnant Vivent les poissons poètes mangeurs d'étoiles Je te cherche dans cette ville Qui mêle mes souvenirs à la vie des autres Je te cherche parmi les palmeraies Qui cachent derrière leurs écailles les luxures préméditées Je te cherche dans les débris de cette épave, Navire fantôme sorti des brouillards magiques Je te marie avec le sable et l'eau Car le seul naufragé c'est moi. |
ABYSSES |
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LE ROUGE CLOÎTRE
Au Rouge Cloître j'étais nu |
MA FOLIE |
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LA
GARE DE VENISE
Me voici au buffet |
CHEZ MOI |
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LES VIEUX AMANTS Que de chapelles nous visitons ensemble Tu découvres l'amour et moi la mort Tous les instants de notre vie Se recueillent comme des prières dans un temple S'y enferment pour l'éternité Ces instants Tu les chercheras Lorsque je ne serai plus là Mais tu ne les retrouveras pas Il est écrit que tes yeux Seront des songes moelleux Où je viendrai m'endormir Lorsque tu m'oublieras Ton coeur est notre terre Et j'y ai dessiné mon pays Et j'y ai créé des êtres qui vivent Et représentent ce que tu éprouves Mais peut-être mourront-ils Laissant l'espace de ton coeur aride, désert Peut-être vivront-ils jusqu'à ta mort Peut-être viendras-tu me retrouver. |
REQUÊTE A DIEU Deux enfants trop noirs Voulant devenir blancs Firent requête à Dieu Celui-ci leur répondit: "Blanc de noir Ou noir de blanc Vin en calice Ou vin en vigne Prière de silence Ou prière de bruit... Tout est en dedans." |
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TOI Je suis ton amant Et m'accroche à tes bras Qui cherchent l'infini Mon désespoir est immense Comme la lampe d'un palais Eteinte depuis des siècles De tes yeux, où j'interroge ma détresse Un oiseau s'envole Et me laisse ta lettre d'adieu Un chien aveugle a emporté Mon unique paire de souliers Et mes pas ne sont plus apprivoisés |
POSTULAT Quelle rivière peut te guider Toi qui te perds dans les remous d'une ville Toi qui te jettes au cou d'une statue Pour célébrer la joie des rues Quelle femme peut te garder Et te bercer dans la lumière de ses yeux Dans le contre-jour de ses pensées Quelle femme peut te donner la vie Sans mourir une seule fois pour toi. |
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LES MOTS DE DIEU L'ange me parle Et je suis homme Pétri d'amour Dans le pain de ma naissance; Il n'y a pas de hasard Si mes mots résonnent Existent, s'articulent Sur vos lyres vocales, Si mes mots recomposent L'océan translucide De votre conscience; Il n'y a pas le hasard D'un commencement Ni d'une fin Je vous mange quand j'ai soif Je vois bois quand j'ai faim; Le verbe est déformé Par les mots inexplorés Qui grouillent Dans la jungle de la connaissance Où frémit mon essence, Ces mots qui nous lient Et nous rapprochent Qui m'acceptent et me rejettent; Soyez heureux de vivre Derrière mes yeux Dans la chaleur de mes entrailles. |
LA MINUTE INTEMPORELLE J'ai renoué le lien avec la nature Les créations de l'homme ont pris racines Tels des arbres, Les fleurs ont retrouvé leurs parfums Et l'orage s'entend En visitant les villes mystérieuses D'une seule pensée j'ai fendu leurs ventres Et ce n'est point de l'or que j'y ai trouvé Où quelqu'autres métaux C'est Dieu que j'ai délivré Etait-il étonné Quand il m'a vu armé de mes idées Ses paupières se sont baissées Comme des océans qui se retirent Les lumières coulaient comme du vin Et j'entendais son souffle se répandre Ma force grandissait et devenait planétaire La terre morte était redevenue la terre J'ai renoué le lien avec la nature Et mon chien sourd m'enseigne l'amour Le rosier a des allures de femme Ses fleurs, ses épines La beauté du drame Une minute intemporelle Qui me donnait la connaissance Et chaque instant devenait des secondes plus profondes Une présence religieuse Pleine de lumière. |
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IMAGES Le phare qui s'élève haut Est la cathédrale universelle Des ruisseaux Un chien se meurt Dans un coin A l'angle de l'intelligence Les fontaines publiques Déroulent des serpentins Sous leurs paupières.
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LES INSECTES ET LA LUMIERE Les éclats de lumière se mèlent Aux insectes qui tournent sous la lampe Ils forgent les alliances Des instants fugitifs. Ils clouent leurs pattes sales Sur les taches lumineuses; Leurs mouvements palpitent Ils confondent la lampe et la lumière Et s'écrasent inconscients Sur la forme métallique; Ivres de lumière Ils entrent dans la nuit. |
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LE TRAIN Une gare vide Aux portes d'une ville Aux portes de mon désespoir Dans le bruit d'une foire Qui meurt en moi Un train vide Sur des rails de pluie En gare de ma vie Un train roule Sur mes veines Et reçoit le babtême Une gare, un train Sur mon chemin N'est-ce pas cela Le destin? |
FANTASMES Je ne l'attendais plus Et l'amour est venu Comme une vague étrangère Egarée dans une autre mer Mes yeux aggrandis Ont ouvert les nuits Aux rêves inassouvis Par le masque temporel J'ai soulevé ta main Déjà morte de faim Je l'ai nourrie Aux racines de ma vie J'ai soulevé tes paupières Comme j'ai soulevé les vagues Et, sous la mer, dans le ciel à l'envers J'ai renoué avec le feu de la terre. |
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SONGES MARINS Je saurai vivre Entre le port et la mer Effleurant les algues ballerines Et les miroirs de sable Où les poissons prient Le ciel inversé Je saurai danser Sur les quais débauchés, Respecter le silence de la nuit Dans le Louvre poissonnier, Exposer l'incompréhension Du marin et du poisson Je saurai marauder Dans les grands fonds, Chasser le requin de marbre Du domaine inconnu des sirènes Et projeter les étoiles de mer Sur le visage ridé de Dieu Je saurai marcher Sur les cieux de la terre, Pélerin inspiré Je faucherai la mort mondaine Et les fleurs de haine Sur les chemins de moi-même. |
FILS DE DIEU Je suis indivisible Et fils de Dieu Je trace les lignes Pour limiter le temps Je suis un inadapté Fossoyeur des sociétés J'enseigne l'amour Dans les villes mortes De l'ancien testament Je suis voyageur Porteur de messages Pasteur devenu sage Habillé de vêtements sales Je suis un mouvement Qui ignore le temps Je suis l'esprit d'un analphabète A la recherche d'un Vocabulaire Je suis indivisible Et fils de Dieu Je suis l'objet d'une douleur La main blessée d'un Dieu. |
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