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ACTE IV
Scène 15
Lumière sur la scène
Note technique: A Saint-Denis, dans ses
appartements, Henri est poussé vers son destin
par Sully et Monsieur d'O.
Monsieur d' O:
Sire, vous ne pouvez plus tortignonner!
Vous aurez dans huit jours, le parti des Princes Catholiques,
le Pape, le Roi d'Espagne, l'Empereur, le Duc de Savoie,
tous ces gens sur le dos, en plus des ennemis que vous aviez
déjà sur les bras!
Il vous faudra combattre toute cette adversité avec vos
misérables
Huguenots si vous ne prenez pas une prompte et galante
résolution
d'ouïr une messe!
Henri :
(Allant de long en large)
Que faut-il que je fasse?...Est-ce bien le moment...?
Monsieurd'O :
Vous gagnerez plus en une heure de messe qu'en vingt batailles
rangées et
en vingt années de périls et de labeur!
Henri :
La
France a besoin d'un roi!
N'est-elle déjà point assez souffrante pour qu'on lui refuse
un maître,
capable de la guérir de ses maladies?
Sully :
(Resté dans un coin à écouter)
Monsieur d'O a
raison Sire,
le moment est venu...!
Si vous n'abjurez pas maintenant, vous offrez votre avenir aux
plus noires
déconvenues!(petit silence)
Henri
:
Continuez Sully...!
Sully :
Vous seriez dans l'obligation de souffrir un usurpateur et de
reprendre
une à une toutes les villes du royaume dans des fleuves de
sang.
Vous auriez perpétuellement le cul sur la selle, le halleret
sur le dos,
le casque en la tête, le pistolet au poing et l'épée en la main
mais qui plus est, dire adieu
repos, plaisir,passe-temps,amours, maîtresses,
jeux, chiens, oiseaux et bâtiments...
Note
technique :
(A partir de "repos", Sully accentue les termes de
l'énumération en regardant
du coin de l'oeil, la tête d'Henri qui l'interrompt...)
Henri :
Arrêtez... arrêtez Sully...!Inutile de poursuivre...!
Les cloches du destin ont-elles sonnées? Je n'en sais rien!
Jamais je ne fus plus sollicité, à la fois par les Catholiques
en les personnes
de l'Archevêque de Bourges, les évêques d'Evreux, de Chartres,
de Nantes et
par les protestants en les personnes de Bernard Maarlas, Henri
de Salettes, Jean de Serres et les autres...
Ils m'ont tous persuadé que je pourrais faire mon salut dans
l'une ou
l'autre religion...!
Monsieur d'O :
Sire, nous vous aimons, vous le savez...!
Priveriez-vous la France de votre intelligence et de votre
bonté sous prétexte
qu'une messe soit dite en Latin ou en Français?
Ces croyances habillent le même Dieu dans deux couleurs
différentes!
Les ligueurs doivent déjà se réjouir, persuadés que vous êtes
un fanatique,
incapable d'élever le débat pour la cause de l'Etat! Je les ai
entendus dire qu'
Henri de Navarre n'était qu'un petit prince de province, sans
envergure! Majesté...
Je vous en prie!
Ne les laissez pas enterrer un grand Roi avant même qu'il ne
règne!
Henri :
En
parlant d'enterrement(en riant) je crois avoir ressuscité bien
des fois!
Sully :
Politiquement, votre abjuration ne laisserait plus le moindre
doute sur vos droits
à la couronne car les "Etats Généraux" se déroulent à Paris et
ils se trouveraient
dans l'obligation inaliénable de vous cautionner car ne
l'oubliez pas, vous êtes
premier Prince de sang et l'héritier présomptif!
Quel prétendu Roi, aussi noble soit-il, pourrait se prévaloir
d'une si haute
naissance et hériter du "Titre"qui est le vôtre?
Monsieurd'O :
Sire...
Henri (lui
coupe la parole)
Je vous en prie mes nobles amis!
Laissez-moi encore réfléchir, me recueillir dans la prière!
Je ne suis pas encore décidé à faire le saut périlleux...!
NOIR
SUR LA SCENE
Le conteur :
Le Roi était indécis; des peurs et des
angoisses l'assaillaient car régner sur un pays
aussi
divisé n'était pas une mince affaire!
C'est Gabrielle, la belle d'Estrée qui fit pencher la
balance.
Pour une fois, elle servit les intérêts
d'Henri parce
qu'ils servaient les siens.
Henri voulait l'épouser et faire d'elle, la reine de
France.
Gabrielle comprit que seul, le Pape, pourrait annuler le
premier mariage d'Henri et qu'elle ne serait
vraiment Reine que s'il devenait Catholique.
A la basilique de Saint-Denis, le 23 juillet, le Roi se
fit donc instruire en la religion catholique et
renonça à l'hérésie.
La foule acclama le Roi, le nouveau Roi de France.
Les mois suivants, les villes et provinces tombèrent
comme des alouettes rôties dans le "chapeau" d'Henri.
Il fut sacré Roi à Chartres le 27 Février 1594.
Voulant profiter du prestige du sacre, il décida de
prendre Paris.
Par ruses et intrigues,
il conquit la ville et chassa les
Espagnols.
Il retrouva enfin le Louvre.
Les villes encore rebelles furent achetées et non point
conquises par la force; cela lui
coûtait moins cher,
disait-il.
Le Pape, ayant levé son excommunication, il rallia enfin
les derniers grands "Ligueurs."
En 1595, il déclara la guerre à l'Espagne.
En 1598, il
signa "l'Edit de Nantes" pour assurer la paix religieuse.
Protestants et Catholiques ne parvinrent pas à
s'entendre; alors il convoqua le Parlement de Paris en
sa
chambre au Louvre.
Scène 16
Lumière sur la scène
Note technique:
Henri est seul sur scène, comme s'il
s'adressait aux parlementaires.
Henri:
Vous me voyez en mon cabinet, où je viens parler
à vous, non point en habit royal ou avec l'épée et la
cape, comme mes prédécesseurs, ni comme un prince
qui vient parler aux ambassadeurs étrangers, mais vêtu
comme un père de famille,
en pourpoint, pour parler
familièrement avec ses enfants.
Messieurs...!
J'ai sauté sur des murailles de villes, je sauterai bien
sur des barricades!
Ne m'alléguez point la religion catholique: je l'aime
plus que vous,
je suis plus catholique que vous.
Je suis fils aîné de l'Eglise, nul de vous ne l'est, ni
ne le peut être.
Ne vous abusez point si vous pensez être bien avec le
Pape: j'y suis mieux que vous.
Quand je l'entreprendrai, je vous ferai tous déclarer
hérétiques, pour ne me vouloir obéir...
J'ai autrefois fait le soldat; on en a parlé et je n'en
ai pas fait semblant.
Je suis Roi maintenant et parle en Roi. Je veux être
obéi.
A la vérité, les gens de justice sont mon bras droit
mais si la gangrène se met au bras
droit, il faut que le
gauche le coupe.
Quand mes régiments ne me servent pas, je les casse...!
Il n'y en a pas un d'entre vous qui ne me trouve bon
quand il a affaire à moi...
Et, toutefois, à moi qui vous
suis si bon, vous m'êtes si mauvais...!
Messieurs...!
J'ai fait un édit, je veux qu'il soit gardé et quoi que
ce soit, je veux être obéi...!
NOIR SUR LA SCENE
Le conteur:
Ce discours fut répété aux Parlementaires
des autres villes, et tous s'inclinèrent.
Au début de 1599, Henri décida d'épouser Gabrielle
d'Estrée mais celle-ci mourut
le 10 Avril en accouchant
d'un enfant mort-né.
Le Roi éprouva une douleur infinie puis se consola
auprès d'Henriette d'Entragues.
En Décembre de la même année, le Pape déclara nul le
mariage conclu entre
Henri et Marguerite de Valois.(La Reine Margot)
Il épousa en 1600, par procuration, la princesse
Florentine, Marie de Médicis.
Elle débarqua à Marseille mais le Roi ne vint même pas
l'accueillir.
La Reine fit étape à Lyon et Henri l'y rejoignit
quelques jours plus tard.
FIN DE L’EXTRAIT
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